
Quelques images d’une scénographie portée sur le sacré, un mélange intriguant de musique religieuse ancienne et moderne, un nom mystérieux arabisant signifiant fleur d’oranger en espagnol, tels sont les ingrédients qui m’ont fait prendre des places pour assister à ce concert inoubliable le 3 octobre dernier, Salle des Concerts de la Cité de la Musique à Paris. Il est temps alors de plonger dans une atmosphère unique, rythmée par des lumières dorées, de grands encensoirs et par les déplacements des choristes et des musiciens dans tous les espaces de la salle. Chaque chant y résonne comme une prière ou un mystère ancien, créant une expérience immersive qui transporte le public au-delà de la simple écoute musicale.
La Tempête est une compagnie fondée par Simon-Pierre Bestion en 2015. Elle est composée d’un orchestre, jouant sur instruments anciens, et d’un chœur. Ils se sont fait notamment remarquer en 2017 à la sortie de l’enregistrement du programme de ce concert chez Alpha Classics (5 Diapasons, Choc de Classica). Les arrangements et la direction assurent la cohérence d’un ensemble d’œuvres composées à des époques pourtant très différentes, du bas Moyen-Age au milieu du XXème siècle, par des compositeurs aussi divers que Maurice Ohana (1913-1992), Igor Stravinski (1882-1971), Guillaume de Machaut (vers 1300-1377) ou encore Alphonse X le Sage (1221-1284), Roi de Castille et León, auquel est attribué un recueil de cantiques espagnols compilés sous son règne. Messes, cantiques, Ave Maria ou Salve Regina, ces œuvres à vocation liturgiques, sont présentées, aussi bien au disque qu’au concert, entrelacées entre elles et non pas exécutées successivement. L’ordre des morceaux est guidé ici plutôt par leurs musicalités respectives et la volonté de les mettre en valeur et en regard entre eux à travers les époques que par le respect de la tradition catholique. Ce choix fort et cette approche originale de ces œuvres, rarement programmées il me semble, nous plonge dans une sorte de liturgie spirituelle qui transcende les époques et les styles.
On finit par y perdre ses repères et se surprendre à avoir ainsi du mal à déterminer si tel chant est ancien ou moderne tant musicalement les frontières sont ici atténuées et inversement les points communs mis en valeur. On navigue également aisément entre textes en latin et d’autres en diverses langues ibériques médiévales sans que cette distinction puisse non plus nous servir de repère temporel, Stravinsky et de Machaut maniant le latin alors qu’Ohana et le recueil d’Alphonse X manient les langues ibériques.

La qualité des interprètes, instrumentistes comme chanteurs, est à souligner, au sein d’un ensemble qui bien qu’en communion quand il le faut n’hésite pas non plus à laisser ses individualités s’exprimer. Chacun contribue ainsi à l’harmonie de l’ensemble mais aura également un moment ou son instrument sera plus particulièrement mis en valeur.
Laissez-vous embarquer par l’énergie mystique qui se dégage de cet album et si La Tempête vient près de chez vous présenter ce programme, courez-y !
Futures représentations :
22 Novembre 2024 – Théâtre Impérial (Compiègne)
12 Mars 2025 – MC2 (Grenoble)
Conception, Arrangements & Direction : Simon-Pierre Bestion
Chœur & Orchestre : La Tempête
Label : Alpha Classics
Date de parution : Février 2017
Œuvres :
Manuscrit du Saint-Sépulcre de Jérusalem – Salve Regina (XIIème siècle)
Alphonse X le Sage – Cantigas de Santa Maria (XIIIème siècle)
Guillaume de Machaut – Messe de Notre Dame (XIVème siècle – Cathédrale Notre-Dame de Reims)
Igor Stravinsky – Ave Maria (1934 – Salle Gaveau, Paris) & Messe (1948 – La Scala, Milan)
Maurice Ohana – Cantigas (1957 – Norddeutscher Rundfunk, Orchestre et chœurs de la Radio de Hambourg)
Bande-annonce :
